L'armée, quelle histoire...
6 novembre 2007: intégration au camp militaire isolé de Vulmix:
C'est certainement ce qui m'a fait prendre le plus conscience de l'amplitude des difficultés de la vie. Souvent on se plaint mais il faut savoir qu'il existe des situations beaucoup plus critiques. C'est la période la plus difficile de ma vie en termes de physique, moral et mental à la fois. C'est ce qui m'a permis de trouver une certaine force de vivre, cette capacité à m'adapter de mieux en mieux aux problèmes. C'est un monde à part. L'apprentissage se fait progressivement par le mental et la pression. Notre chef de groupe nous parlait comme de la merde, nous avions du mal à surpasser cette pression. Mais quelque part c'était normal qu'il nous parle comme ça parce que nous devions devenir des chasseurs alpins section combat et donc si le fait qu'il nous parle comme ça nous affaiblit alors qu'est ce que ce serait quand une rafale de FAMAS nous viserait le jour du combat.. !
La première difficulté était le froid. Nous étions au début de la période d'hiver et les températures moyennes étaient d'environ -10°. Trois jours après avoir signé le contrat nous avons perçu le packtage c'est-à-dire tout l'équipement de base militaire tel que les treillis... le lendemain nous étions en survêtement, le surlendemain en treillis avec un tee-shirt, un sur tee-shirt et la veste de treillis sans blousons à -10° au moins... et ce pendant 3-4 jours à filer pour qu'on s'endurcisse au froid. Je n'ai jamais eu aussi froid de toute ma vie. La section entière (40 subordonnés) tremblait de froid sauf les chefs qui avaient le mental. C'était dur, c'était très dur.. La pression montait de plus en plus avec le temps. Le froid aussi puisque nous entrions en pleine hiver. J'ai mis deux semaines environ avant de commencer à gérer le froid.
Tout le monde redoutait de se faire punir. Une fois y en a un qui faisait le con mais c'était le seule et les supérieures le voyaient bien. Ils l'ont donc punit : il s'est retrouvé plongé dans la neige sauf la tête pendant 5 bonnes minutes.. eh ben disons qu'on était content que ce ne soit pas nous ! surtout qu'il faisait nuit et qu'il était environ 6h00 du soir, il ne faisait pas très chaud..
Notre sergent (chef de groupe) n'utilisait pas la force physique mais simplement le regard qu'il avait (un caporal chef aussi avait ce comportement). Dés qu'il nous regardait on avait l'impression qu'il nous haïssait (et ça marchait (au début parce que après nous apprenions à nous adapter)) mais en fait il cherchait à nous faire progresser. C'est une question d'apparence.
Nous ramassions (=nous en chions) de plus en plus. Le plus redouter c'était les marches. Y en a pas eu beaucoup : 2 principales. La première j'étais très au dessus de mes capacités de rythme en montée (les chasseurs alpins sont des spécialistes de montagne !). C'était l'enfer pour le niveau que j'avais, pareil pour tout le monde. Ca montait raide !! putain ce que ça montait sa race.. !!! et le pire c'est que le lieutenant (chef de toute la section) qui menait la cadence a fait la marche entière les mains dans les poches !!!!!!! J'hallucinais mais c'était un truc de fou !!! on marchait à 2m du ravin c'était chaud.. une fois avoir fini de monter on a redescendu (sans revenir en arrière) et là en faite on se disait que c'était plus facile de monter !! parce que retenir la descente (raide bien entendu), à force, c'est plus dur que de monter. Une fois arrivé en bas le silence était presque royale tellement on était crever et surtout à bout de force. Un pote m'a demandé combien il restait en distance, même en faisant des efforts je bafouillais.. (bilan : 10 kms en 6h00 et y avait pas de neiges..) .
Nous redoutions la deuxième marche qui était sensé être de 15 kms. Vers 17h30 je crois, nous étions dans les chambres, fatigué d'une fin de journée, et là, un sergent qui déboule dans la chambre en gueulant « alerte générale !!!!!! rassemblement !!!, dépêchez vous !!! » les portes de placard qui claque de partout...etc. On se rassemble et là : annonce de notre sergent d'une marche de 15 kms dans ¼ d'heure. Nous commençons à marcher avec le packtage (moi j'étais excepter à un sac moins lourd car j'étais sensé avoir mal au coup, soit environ 10 kilo au lieu de 20 kilo environ pour le sac mais comme par hasard on a omis de m'ordonner de mettre mes raquettes à neige et les bâtons..). Une meuf s'est évanouit, elle n'avait pas mangé assez pour l'effort physique que ça représentait. On lui a donné de la nourriture et elle a pu se remettre en marche. Nous marchions à 6km/h pendant 2 h sur une montée pas trop raide puis nous avons entamés la suite plus raide et qui devenait très difficile mais bizarrement j'étais au cul du lieutenant (donc tout devant).. j'en chiais ma race en plus on glissait sur ce putain de verglas mais je ne le lâchais pas d'une semelle.. ! Quand nous faisions une pause le froid s'emparaissait vite de nous, il faisait je pense au moins entre-15° et -25°. Puis nous avons commencé une autre montée moins raide mais remplit de neige. Tout le monde a mis ses raquettes sauf moi qui ne les avais pas.. je suis passé derrière tout le monde pour marcher sur de la neige déjà tasser selon le lieutenant. Je m'enfonçais à 30 centimètres tout les 2m... et tout les 6-7m je m'enfonçais de 50 cm. Mon dieu.. quand j'y repense.. cette neige incessante..partout.. à gauche, à droite, derrière..du blanc, que du blanc..je finissais par émettre des sons involontaires tellement j'en pouvais plus.. on marchait sans voir la fin, des groupes s'étaient détachés de l'ensemble, les plus forts. Je n'en faisais pas partit (forcément : sans raquette de neige) mais quand je suis arrivé au bout j'étais trop content je n'en revenais pas que ce soit fini ! d'autant plus que d'autre (une dizaine sur 40) sont arrivés ½ heure plus tard !!! La fin du calvert. (bilan : 18kms pour 8h de marche, et oui 3 kms de plus que prévu). Ca parait pas énorme pour certains mais faite le ! surtout qu'on a dormi 1h pour enchainé sur une journée mais moins physique, heureusement pour nous..
C'était ça le mental des chasseurs alpins. On faisait des séries de pompes sur les poings, en fait, plus on craquait plus c'était dur. Avant de partir pour la marche de 18 kms j'ai oublié de prendre mes gants en laine. Je l'ai dit au caporal-chef, il m'a dit « baisse la tête ! » et j'ai mangé une sale baffe derrière la tête ! mais quelque part heureusement pour me faire prendre conscience du froid en altitude si je n'avais pas pris mes gants. Pareil la fois où je m'étais trompé de grade j'avais mangé un coup de tarte (c'est l'espèce de chapeau que portent les chasseurs alpins).
L'armée m'aura donné cette force de vivre, je ne m'en plains pas. Elle m'aura fait prendre conscience des sentiments envers ma famille et de la puissance de ceux-ci me donnant une force morale.
« De Fer et d'Acier » ... tel était la devise du régiment (7 BCA) dans lequel j'étais...